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Rubrique EVALUATION - COMPETENCES

VIDEO - "La tâche complexe" - Conférence de Sophie GENELOT

Le 28 juin 2017 - Marie DELAHAYE

Sophie GENELOT est chercheuse à l’IREDU de Bourgogne, enseignante à l’ESPE. Elle est intervenue dans le cadre de la formation des formateurs "Socle, évaluation, cycle 3 et 4" le 20 juin 2017 à l’ESPE de Bourgogne.

Elle propose ici une synthèse des références scientifiques récentes (mais non stabilisées) sur la question des tâches complexes.


(Durée : 1:44:12)

1. Pourquoi s’intéresse t-on aux tâches complexes ?

Souhait de développer des compétences chez les élèves : une compétence repose sur la mobilisation de ressources propres au sujet, à la situation ou externe. L’élève doit s’adapter à des situations diverses, inédites.
Depuis le nouveau socle de 2015, c’est plus clair au niveau institutionnel : allusion à des situations complexes ou inédites.

2. Essais de définitions

Tâche complexe/Situation complexe ?

En fait on parle des 2, les 2 termes semblant assez synonymes. Tâche est plutôt utilisé quand on parle de ce que doit faire l’élève, la situation est plus large et intègre la tâche mais également les consignes, le support. Une tâche complexe serait ce que doit faire l’élève pour faire face ou résoudre une situation complexe.

Situation complexe/Situation problème ?

Certains utilisent les 2 termes comme synonymes. Cependant situation problème se distingue de situation problème didactique utilisée pour développer de nouveaux apprentissages. La situation complexe serait une situation qui peut proposer un problème qui peut être résolue par l’élève.

Situation complexe/Situation compliquée ? Tâche complexe/ Tâche difficile ?

Complexe = tient à la quantité de ressources et agencement, à la combinaison de ces ressources qu’il va falloir opérer pour réaliser la tâche. Les ressources sont connues et maîtrisés par l’élève.
Compliqué, difficile = relatif au niveau de compétences de l’élève en fonction de ses acquis antérieurs, de la nouveauté des contenus qui interviennent dans la situation. L’élève va devoir « inventer » une démarche, un ordre des opérations, des tâches. Cette démarche n’est pas indiquée dans les consignes.
Une situation complexe ne doit pas être difficile.

Situations authentiques/scolaires ?

Certains prônent les authentiques, issues de la vie courante. Elles doivent être finalisées et déboucher sur une production des élèves. La situation peut présenter une finalité, un sens au sein même de la discipline. L’essentiel est de présenter une activité qui ne soit pas un pur réflexe de vérifier l’acquisition de ressources, de procédures mais qui doit permettre à l’élève de combiner ses ressources. Son sens et sa finalité doivent être explicites.

Bilan : une tâche ou une situation complexe, c’est le moyen de révéler donc d’évaluer les compétences des élèves mais des écueils peuvent se présenter (voir diaporama de F-M. GIRARD) dont :
-  N’évaluer que des ressources
-  Évaluer, de temps en temps seulement, les compétences par le biais de tâches complexes

3. Des situations complexes pour apprendre : nouvelle pédagogie ?

Pédagogie de l’intégration, approche par les compétences. Les situations complexes peuvent être utilisées à 2 niveaux :

- lors de l’apprentissage de ressources (savoirs, savoir-faire, procédures…) de 3 types : d’exploration, didactique, de structuration.

- lors de situations d’intégration (situations cibles ou de réinvestissement) où l’élève doit mobiliser ses ressources (mobilisation ponctuelle, conjointe) et réinvestir toutes les ressources qu’il a découvertes et sur lesquelles il s’est entraîné. La situation cible est conçue pour être le reflet d’une compétence qui est à installer chez l’élève.

Alternance nécessaire de phases d’apprentissage des ressources en rapport avec les compétences visées et de situations d’intégration nécessitant la mobilisation de ces ressources. Cela prend du temps et l’élève doit être confronté plusieurs fois à la même situation. Les EPI pourraient entrer dans ce cas…
La situation complexe est donc utilisée à des fins d’apprentissage mais aussi à des fins d’évaluation.
Les situations d’intégration servent à apprendre aux élèves à pouvoir utiliser leurs acquis dans certaines circonstances.

Comment l’élève s’y prend pour résoudre cette complexité ? On ne sait pas trop encore… Cependant, des recherches ont permis de constater que :

• La plupart des élèves maitrisent bien les procédures mais certains sont incapables de les mobiliser dans une situation complexe sans cadrage.
• Le cadrage de la situation (choisir ce qui est pertinent pour résoudre) est compliqué
• Ils ne savent pas s’il faut réagir comme dans la vie courante, réelle ou en situation purement scolaire en utilisant ce qu’ils ont appris

Les chercheurs ont repéré 3 types de cadrage par les élèves :

-  Cadrage hyper pragmatique : compréhension globale mais la réponse proposée ne mobilise aucun acquis, aucune procédure scolaire
-  Cadrage hyper scolaire : la situation n’est pas pensée dans sa réalité globale et les élèves essaient d’utiliser à tout prix ce qu’ils ont appris, sans forcément faire de choix pertinent
-  Cadrage instruit ou scolaire : les élèves investissent des ressources apprises en classe de façon exhaustive et justifient correctement la réponse. Ce cadrage est défini selon 5 paramètres par lesquels passe l’élève :

* représentation correcte de la situation dans sa réalité concrète
* choix des bons instruments/procédures/ressources/outils…
* application de ces procédures de base
* approche, analyse exhaustive de la situation
* communication universelle : capacité d’exprimer la résolution de la situation et de la justifier à l’égard de quelqu’un qui ne connait pas la situation de départ
• Les groupes (dans le cas de travail en groupe) qui réussissent le mieux sont ceux qui maitrisent la communication universelle
Bilan : un élève compétent est celui qui fait adopter un cadrage instruit, ce qui suppose qu’il a compris les objectifs de l’école, que la tâche proposée poursuit un objectif d’apprentissage ou d’évaluation, que, même artificielle, la tâche a un sens et peut être communiquée. Quelles seraient les conditions pédagogiques les plus favorables pour que l’élève adopte un cadrage instruit ? Le travail en groupe peut être intéressant, la création de situations de communication également.

4. Des tâches complexes comme situations d’évaluation

Il faut distinguer l’évaluation de l’acquisition des ressources (interros orales, écrites, exercices…) de l’évaluation de l’intégration (conseillée au moins dans 2 situations différentes, une en individuel et une en petit groupe). Attention : la situation complexe doit bien valider une compétence ! Principes :
-  Définir les compétences avant de définir les situations d’évaluation (noyau de compétences évaluables) : compétences en nombre limité, exhaustives, le plus mutuellement exclusives possible (pas trop de recouvrement).
-  Proposer aux élèves des tâches complexes qui doivent mobiliser des procédés et des ressources apprises, inédites au sens où cette tâche demande à l’élève un cadrage de la situation.
-  Disposer de familles de situations cibles équivalentes (interchangeables en termes de complexité et de difficultés) pour chacune des compétences et qui ne diffèrent que par l’habillage. Pour constituer chaque famille de situations, tenir compte de nombreux paramètres (type de situation, façon de présenter le contexte, nombre et type de support, type de tâche, conditions de résolution…). Cette notion de familles de situations n’est pas encore stabilisée, voire est contestée.
A quelles fins ?
Evaluation certificative (socle, brevet)
Evaluation sommative (LSUN)
Evaluation formative
Evaluation diagnostique

5. Précautions à prendre sur ces questions en tant que formateur : limites, critiques ?

La complexité érigée en norme
Evaluer la complexité inédite : est-ce que cela ne va pas renforcer l’inégalité entre les élèves
Traiter des situations complexes inédites : c’est quand même bien différent de la vie quotidienne

L’approche par compétences
Efficacité peu évidente et souvent assez défavorable aux élèves des milieux défavorisés

Prendre ces limites et critiques au sérieux car peu de recul de la recherche sur ce sujet d’approche par compétences. Prudence en formation donc…Mieux vaut encourager les enseignants à s’approprier ce discours d’approche par compétences et éviter les discours pédagogiques prescrits, les laisser expérimenter en les outillant et en se centrant sur l’objectif commun « Comment je peux aider mes élèves à utiliser tout ce qu’ils ont appris ? »