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Rubrique EVALUATION - COMPETENCES

VIDEO - "Les gestes professionnels dans le cadre de l’évaluation" - Conférence de Yann MERCIER-BRUNEL

Le 27 juin 2017 - Marie DELAHAYE

Yann MERCIER-BRUNEL est enseignant chercheur en Sciences de l’Éducation à l’université d’Orléans

Il est intervenu lors de la formation des formateurs "Socle, évaluation, cycle 3 et 4" le 20 juin 2017 à l’ESPE de Bourgogne.


(durée : 1:37:04)

1. Les différents contextes de l’évaluation scolaire

Contexte institutionnel de changement impulsé à la suite des enquêtes PISA 2012. L’évaluation positive est posée : aucun consensus scientifique réel sur cette notion d’évaluation positive, ni même sur la notion de compétence, notion encore souple dans sa description.
En 2014, conférence de consensus sur l’évaluation : ressenti, sentiment. Le contexte social français est très centré sur une logique de hiérarchisation et de classement. Depuis les années 90, l’évaluation et l’apprentissage ont évolué, surtout dans le 1er degré. Sont apparues des grilles de compétences, véritables « usines à cases ». Apparition de l’évaluation formative (1983). Prolifération de classements, de notes (le chiffre rassure…) qui renvoient une image de soi. Dans le contexte social, il y a toujours la notion d’égalité, difficile à articuler avec le classement, ses notes.
Les travaux sur l’évaluation remontent aux années 50 et dans les années 70 apparait la docimologie.
Évaluation formative : années 80 – 90 (Linda ALLAL) qui évolue plus tard en évaluation régulation.
Actuellement, on développe des recherches collaboratives (chercheurs-enseignants associés) chacun s’adaptant aux besoins et contraintes de l’autre. L’objectif est de nourrir la pédagogie.
1989 De Ketele : «  L’évaluation, c’est recueillir un ensemble d’informations suffisamment pertinentes et fiables. C’est une interprétation en fonction de critères, d’indicateurs, de référentiels. C’est une décision ». L’évaluation se passe de façon formelle et informelle. La première compétence que développe l’élève, c’est lire l’enseignant (compétence interactive). La prise d’information et le type d’information est déjà une expertise. L’interprétation : ce n’est pas un processus transparent, objectif. L’enseignant à ses grilles, ses repères : l’évaluation l’implique et ses annotations ne sont pas anodines. L’évaluation objective n’existe pas.

2. L’activité évaluative des enseignants

Taxonomie de Bloom : La taxonomie des objectifs éducationnels de Bloom est composée des six niveaux suivants : la connaissance, la compréhension, l’application, l’analyse, la synthèse et l’évaluation. L’évaluation est placée au sommet.

Évaluer tous azimuts est compliqué, une compétence ne se transfère pas tous azimuts mais par rapport à une zone d’attendus. Définir des domaines d’attendus est primordial. Qu’est-ce que l’activité évaluative ? Elle est plus vraie que la conscience qui l’anticipe. C’est quelque chose de complexe, de régulé, d’ajusté en permanence. On ne peut donc pas la prescrire, on ne peut que l’accompagner. Elle dépend de 4 points : d’un savoir, de savoir-faire, d’une posture évaluative et de gestes professionnels.

La culture de l’évaluation a souvent une dominante disciplinaire. L’évaluation est souvent utilisée comme un verdict. 9 fois sur 10 on a des postures qui induisent la réponse. Pistes de levier du changement pour les enseignants.

5 compétences évaluatives  :
-  Culturelles
-  Ethiques
-  Méthodologiques
-  D’ingénierie
-  Sémiotique

La posture de l‘évaluateur

C’est quelque chose de très construit. 3 grandes façons de concevoir l‘évaluation :
-  Posture de contrôle centrée sur l’évaluateur
-  Posture d’efficacité : vision didactique de l’évaluation plutôt par compétence
-  Plus herméneutique centrée sur l’évalué, l’élève et tente de comprendre comment il fonctionne.

Derrière ces 3 paradigmes de posture évaluative il y a l’idée d’une éthique professionnelle, prendre en compte tous les dégâts mais aussi tout le bien que l’on fait à l’élève, la façon dont on le porte, on le supporte…

Est-ce que je m’intéresse :

-  à la performance : vision normative, objectif de vérification ou de validation. C’est dans le métier, on est dans l’institutionnel, pas dans le pédagogique : enjeu de pilotage. Classement qui nécessite une harmonisation, permettant la communication (ex : LSU)

-  à la compétence : vision rationnelle ou pas. Plus définie, plus discutée, on est dans une vision rationnelle. On s’appuie sur des observables, on fait des choix arbitraires cependant. Objectif : dégager des grandes tendances dans la classe, travail sur des groupes de besoins…c’est assez opérationnel. Posture plutôt didacticielle. Évaluation positive, à vocation constructiviste. Limite : on laisse un peu de côté le sens que l’élève donne à la tâche. Et parfois un élève n’entre dans aucun groupe.

-  au processus : tous les élèves s’auto régulent par rapport à leur vision d’un apprentissage réussi. Cependant, les normes qu’utilise chaque élève ne sont pas forcément pertinentes. L’idée est de travailler pour améliorer cela chez l’élève.
Distinguer l’attente de l’efficacité et l’attente des résultats

Méta recherche sur les feed-backs des enseignants :

• Les moins efficaces : ceux qui portent sur les résultats (c’est bien/c’est pas bien)
• Peu efficaces : qui portent sur la personnalité de l’élève (vas-y…tu vas y arriver…)
• Plus intéressants : ceux qui portent sur les procédures
• Les plus efficaces : ceux qui portent sur l’auto-évaluation, qui soutiennent l’apprentissage

Les gestes professionnels évaluatifs :

Basés dans l’intentionnalité, ancrés dans une expérience, dans une adresse à l’autre (l’élève).

3 grandes catégories de gestes :
-  De normalisation (plus sur la forme que sur le fond)
-  De sur guidage : induit trop l’élève
-  D’orientation : beaucoup plus fins

Rentrent dans le geste évaluatif : la voix, le sourire, le visage, la proximité avec l’élève…Le geste professionnel est toujours dans un contexte, et s’appuie dans un cadre. Il n’est jamais deux fois le même (il est idiosyncrasique).

3. Les pistes de levier du changement chez les enseignants

Tout cela passe par la formation, par l’échange de pratiques sur les postures (levier puissant), par la visite (ex : collègue dans la classe), le regard extérieur.

Accompagner les enseignants c’est :

-  Mettre en place une dimension relationnelle, bienveillante, sécurisante
-  Considérer la dimension temporelle de la personne et pas la sienne
-  L’amener à se déplacer lui-même et à comprendre ses propres contradictions.

La prescription ne marchera pas. Reconnaitre l’autre et éviter la transmission des savoirs et savoir-faire. C’est ce qui a manqué dans la mise en œuvre de la réforme du collège, dans laquelle on a heurté les enseignants, fait trop de top-down, pas assez reconnu les enseignants, pas assez valorisé leurs compétences, leurs efforts, ce qu’ils font déjà au sein de leur classe. A partir de là, on peut les faire « se déplacer » en reconnaissant que, par définition, l’enseignant a des compétences. Il est capable de développer son action : il faudra repérer les prémisses de changement. La réforme a été vécue comme le fait de ne plus se reconnaitre dans son métier, le brouillage des repères, une déstabilisation (« activité empêchée »). Reconnaitre ce que fait l’enseignant : évaluation bienveillante.

Nos enseignants sont des professionnels et sont attachés à cette professionnalité « émergente » (toujours en évolution, en reconstruction). Il faut travailler sur l’évolution de cette professionnalité. On a toujours besoin de remanier un truc, de recréer… Travailler sur ce sens de créativité chez les enseignants, accomplissement professionnel nécessaire. Et accepter l’idée des bricolages et des braconnages. Tout cela peut permettre d’avoir des leviers pour faire bouger les enseignants