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VIDEO - "Evaluer des compétences ou évaluer par compétences. Le cas des classes sans notes" - Conférence de Sophie GENELOT

mardi 25 avril 2017, par Marie DELAHAYE

Sophie GENELOT est Maître de conférences en sciences de l’éducation, Département MEEF de l’ESPE de Bourgogne. IREDU ; Institut de Recherche sur l’Éducation : Sociologie et Économie de l’Éducation

Elle est intervenue lors du colloque de l’ADMEE (Association pour le Développement des Méthodologies d’Évaluation en Éducation en Europe) à Dijon, le 28 janvier dernier : "Regards croisés sur l’évaluation des compétences en formation initiale et situation de travail"

Pour suivre sa conférence, cliquer sur la photo

Recherches menées avec des collègues de l’ESPE.

Origine et contexte de la recherche

2013-2014 : phase exploratoire
Recueil de témoignages (4 équipes de collèges et 2 de lycées) qui expérimentent des classes sans notes. Questionnements par entretiens collectifs croisés : origine des projets, description des pratiques, des supports, conséquences pour les enseignants, les élèves, les parents ; perspectives.

Deux expressions sont employées par les acteurs (enseignants, chefs d’établissements…) pour désigner ces pratiques d’évaluation : «  classes sans notes  » / «  évaluation par compétences  ». Elles semblent synonymes dans leur usage. Le même constat est fait dans d’autres textes plus ou moins institutionnels (cf base Expérithèque)

Constat problématique car :

-  Évaluer sans notes = supprimer un outil d’évaluation pour le remplacer par un autre

-  Évaluer par compétences = évaluer des compétences que l’on a contribué à développer au cours de son enseignement = objet d’évaluation

Question : les enseignants qui expérimentent ces pratiques d’évaluation le font-ils :

-  Pour substituer d’autres outils à la note ?
-  Pour évaluer des compétences ?
-  Pour ces deux raisons ?

Objectif de cette recherche

Caractériser dans le discours des enseignants et dans leurs pratiques ce qui relève de chacune de ces deux dimensions.
Puis création d’un protocole en 2014-2015 expérimenté sur 5 collèges de profils différents – 16 classes de 6ème sans notes. Collecte de 55 « devoirs » donnés en maths, français et SVT par 8 enseignants.

Cadre d’analyse : modèle des degrés de compétences

-  Compétence élémentaire (ou procédure) – 1er degré : savoir exécuter une opération (ou une suite d’opérations) en réponse à un signal (une question, une consigne…) dans une tâche décontextualisée
-  Compétence élémentaire avec cadrage – 2ème degré : face à une situation inédite, choisir parmi une gamme de compétences élémentaires, celle qui convient au traitement de la situation
-  Compétence complexe – 3ème degré : choisir et combiner correctement plusieurs compétences élémentaires pour traiter une situation inédite et complexe
Résultats : dans les discours des équipes

-  Origine des projets : risque de démotivation d’élèves faibles à l’entrée du collège (contextes scolaires difficiles) en raison de notes très faibles

-  Objectifs : trouver des modalités d’évaluation qui évitent l’aspect dramatique de la note, le découragement, le désengagement de l’élève.

-  Modalités d’évaluation mises en œuvre : suppression de la note chiffrée, élaboration de grilles ou de référentiels de compétences structurées en items affichés en en-tête des sujets donnés et reportés dans des documents transmis aux familles. De plus, aide à remplir le LPC.

-  Sur les 55 devoirs, cela relève majoritairement du 1er degré, quelques uns du 2ème et très peu du 3ème degré.

Remarques

-  Il ne semble pas y avoir de progression au cours de l’année selon le degré de compétences évaluées

-  Il ne se dégage pas non plus de profils-types d’enseignants du point de vue du degré des compétences mobilisées dans les évaluations analysées
Globalement, c’est surtout la maîtrise des ressources qui est évaluée par ces enseignants, pas la maîtrise des compétences au sens des référentiels de compétences institutionnels.
Ces résultats sont convergents avec d’autres : PEAUD (2012), LOISY et Al. (2014)

En résumé

Sur l’ensemble des données recueillies dans cette recherche, le seul invariant commun à toutes ces expérimentations est le remplacement d’un outil d’évaluation (la note chiffrée) par d’autres échelles : « évaluation sans notes ».

Par contre, les compétences (« évaluation par compétences ») sont très peu présentes, que ce soit dans les objectifs visés, les pratiques décrites ou les objets.

En fait il y a confusion, glissement sémantique : évaluation sans notes = évaluation par compétences comme si ne plus évaluer avec les notes était évaluer avec autre chose

Discussion : politique éducative

Depuis 2005, la politique éducative institutionnelle en France vise l’acquisition des compétences par les élèves. Le socle a d’abord été perçu comme une contrainte. Depuis 2012, le contexte institutionnel est plus clair : nouveau socles, programmes articulés à ce socle, nouveau livret numérique : est-ce que les acteurs sont réellement prêts ? Dans des contextes plus défavorables, on peut penser que les acteurs peuvent s’entendre, surtout s’il y a une tendance à assimiler « évaluation par compétences » et « classes sans notes ».

La confusion amène à révéler un enjeu peut-être plus essentiel : aider les enseignants à s’approprier ce « nouvel » objet d’apprentissage que sont les compétences et à les intégrer à leurs pratiques d’enseignement avant même, peut-être, de les former à les évaluer ?